Athena s'apprêtant à écrire
Athena getting ready to write

A T H E N A


Jean-Jacques Rousseau

Le Devin du Village

Titre
Avis de l'éditeur
Personnages
- Scène I
- Scène II
- Scène III
- Scène IV
- Scène V
- Scène VI
- Scène VII
- Scène VIII

Texte complet (html)
Texte complet (rtf)

 

SCENE VI.

COLIN; COLETTE, parée.

COLIN, à part.

Je l'aperçois... Je tremble en m'offrant à sa vue...
... Sauvons-nous... Je la perds si je fuis...

COLETTE, à part.

Il me voit... Que je suis émue!
Le coeur me bat...

COLIN.

Je ne sais où j'en suis.

COLETTE.

Trop près, sans y songer, je me suis approchée.

COLIN.

Je ne puis m'en dédire, il la faut aborder.

(à Colette d'un ton radouci, et d'un air moitié riant, moitié embarrassé.)

Ma Colette...êtes-vous fâchée?
Je suis Colin, daignez me regarder.

COLETTE, osant à peine jeter les yeux sur lui.

Colin m'aimait, Colin m'était fidèle:
Je vous regarde, et ne vois plus Colin.

COLIN.

Mon coeur n'a point changé; mon erreur trop cruelle
Venait d'un sort jeté par quelque esprit malin:
Le Devin l'a détruit; je suis, malgré l'envie,
Toujours Colin, toujours plus amoureux.

COLETTE.

Par un sort à mon tour je me sens poursuivie.
Le Devin n'y peut rien.

COLIN.

Que je suis malheureux!

COLETTE.

D'un amant plus constant...

COLIN.

Ah! de ma mort suivie
Votre infidélité...

COLETTE.

Vos soins sont superflus;
Non, Colin, je ne t'aime plus.

COLIN.

Ta foi ne m'est point ravie;
Non, consulte mieux ton coeur:
Toi-même en m'ôtant la vie,
Tu perdrais tout ton bonheur.

COLETTE.

(à part.) (à Colin.)
Hélas! Non, vous m'avez trahie,
Vos soins sont superflus:
Non, Colin, je ne t'aime plus.

COLIN.

C'en est donc fait; vous voulez que je meure;
Et je vais pour jamais m'éloigner du hameau.

COLETTE, rappelant Colin qui s'éloigne lentement.

Colin!

COLIN.

Quoi?

COLETTE.

Tu me fuis?

COLIN.

Faut-il que je demeure
Pour vous voir un amant nouveau?

DUO.

COLETTE.

Tant qu'à mon Colin j'ai su plaire,
Mon sort comblait mes désirs.

COLIN.

Quand je plaisais à ma bergère,
Je vivais dans les plaisirs.

COLETTE.

Depuis que son coeur me méprise,
Un autre a gagné le mien.

COLIN.

Après le doux noeud qu'elle brise,
Serait-il un autre bien?
(d'un ton pénétré.)
Ma Colette se dégage!

COLETTE.

Je crains un amant volage.
(Ensemble.)
Je me dégage à mon tour.
Mon coeur, devenu paisible,
Oubliera, s'il est possible,

 

{

cher

 

Que tu lui fus

 

un jour.

 

 chère

 

COLIN.

Quelque bonheur qu'on me promette
Dans les noeuds qui me sont offerts,
J'eusse encor préféré Colette
A tous les biens de l'univers.

COLETTE.

Quoiqu'un seigneur jeune, aimable,
Me parle aujourd'hui d'amour,
Colin m'eût semblé préférable
A tout l'éclat de la cour.

COLIN, tendrement.

Ah! Colette!

COLETTE, avec un soupir.

Ah! berger volage,
Faut-il t'aimer malgré moi!

(Colin se jette aux pieds de Colette; elle lui fait remarquer à son
chapeau un ruban fort riche qu'il a reçu de la dame. Colin le jette
avec dédain. Colette lui en donne un plus simple dont elle était
parée, et qu'il reçoit avec transport.)

(Ensemble.)

 

{

je t'engage

A jamais Colin

 

 

t'engage

{

Mon

 

{

ma

 

 

coeur et

 

foi.

Son

 

sa

 

Qu'un doux mariage
M'unisse avec toi.
Aimons toujours sans partage;
Que l'amour soit notre loi.
A jamais, etc.